"Le cube"....Extraits...

Publié le par intermezzi

 

 

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« L'architecture est un acte psychopathe, irréversible. »

 

Rudy Ricciotti

 

 

 

Indifférente. La route est neutre. Elle charrie son lot de pollution, de bruit, de mécaniques humaines et n'émet aucun avis. D'ailleurs est-ce qu'on lui demande quelque chose ? On dit que la route passe, il n'y a pas plus immobile qu'une route ! Ancrée dans son bitume, elle se déroule sans déplacement, elle trace un trajet sans voyage. Elle emmène les hommes au bout d'elle-même, en promettant plus, encore plus. Elle pousse au rêve, à l'aventure, et vous laisse l'entière responsabilité de vos actes, de vos crimes. Elle ne bougera pas. La route est casanière par nature.

 

 

 

Lui aussi est casanier. Ou plutôt solitaire. Une sorte d'ermite d'une quarantaine d'années en milieu urbain. Chauve, il se cache derrière une énorme moustache balai-brosse, avalant chaque mot qui ose la franchir. Il vit au milieu des autres. Incognito. Si un inspecteur enquêtait auprès du voisinage, il obtiendrait le portrait d'un homme discret, poli et silencieux. Loin de la description d'un criminel récidiviste. On lui donnerait un quelconque dieu en usage, avec ou sans concession. Des vêtements sombres, sans prétention, Prisunic, recouvrent un dos voûté volontairement, pour perdre quelques centimètres qui pourraient dépasser. Il parle peu, il est cultivé mais n'en fait pas état. Aucune importance que les autres le sachent... Il vit dans un immeuble au cachet « petit bourgeois avec ascenseur ». Mais il prend l'escalier. Pour le sport et pour la solitude. Il habite au dernier étage, il a toujours aimé les combles. Et puis survoler la ville ne lui déplaît pas. Il est bon de ne pas s'impliquer. Il gagne sa vie en travaillant dans un bureau d'une grande société commerciale. Il s'occupe des dossiers de contentieux. C'est un travail sans suspens et sans surprise. Pas de coup d'éclat, pas de stress. Les dossiers-papiers ne sont pas ambitieux, il se sent bien au milieu d'eux. Quelquefois un collègue entre dans son bureau avec un sourire, celui de pouvoir se décharger d'une épine douloureuse. Lui ne trouve pas que son travail soit pénible, tout au plus, confortable.

 

 Il lui arrive de rêver. Mais pas trop longtemps. Juste pour rire. Alors il imagine qu'il est un autre. Un architecte. Un architecte rebelle qui ne plie pas devant les bien-pensants, les administrations ou les politicards-dictateurs, qui tient tête à la pornographie de la réglementation ! Rendant coup pour coup. Pratiquant une architecture hédoniste. Être un architecte brillant, professionnel et libre, un architecte hyper-brillant, hyper-professionnel et hyper-libre. Devenir un architecte psychopathe, maniériste et orchidoclaste ! Un starchitecte !  

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Sur le parking, il ne reste plus que sa voiture et... Celle du Con. Il sent une main se poser sur son épaule « Alors on fait des heures suppl ! » Et puis un rire franchement humiliant le dépasse.

 

Le Con se moque de lui.

 

Instinctivement, il met la main dans sa poche, sort un Opinel N°13 qui ne le quitte jamais, s'approche du Con, d'une main penche sa tête en arrière et de l'autre l’égorge.

.......

 

 

De son N°13, il écarte la main ensanglantée qui lui cache la vue, déplace quelques tronçons d'intestins luisants au soleil pour harmoniser la composition. Il est sensible à la matière-émotion, la sensation brute, non réfléchie du paysage... Puis satisfait, il reprend son véhicule, monte le volume de la radio, Farinelli, le castra à la voix d'or et rentre chez lui.

......

 

 

Vitrolles, petit commune de 38 000 habitants dans le sud de la France, à 25 km de Marseille, devient une municipalité MNR [...…] Bruno Mégret, inéligible, parachute son épouse à Vitrolles […...] La caste socialiste éjectée du pouvoir municipal, ne s'en remet pas […...] Mégret se glorifie de ce vote […] Les électeurs ont par ce vote-sanction, exprimé un malaise […...] Etc […...] Etc [...…] Etc [...…] »

 

 

 

On ne parle plus que de ça devant la machine à café. Personne ne s'y attendait. C'est l'événement !

.....

 

 

 

Elle se dirige vers l'escalier de secours, gravit quelques marches et se retourne. Elle l'attire contre elle, tout contre elle et déboutonne sa chemise. Ses yeux sont gourmands, ses lèvres agitées et ses doigts plus agiles qu'une sténo-dactylo en fin de carrière.

 

Il perd ses moyens, ses réflexes de survie et l'usage de ses mains, tétanisé par la caresse amère de cette femme... Qui n'a pas encore de nom.

 

Allongé sur plusieurs marches, son corps mélange le plaisir des baisers sur son torse et la morsure des poutrelles métalliques dans son dos. Son esprit suit, un peu en retard.

 

Quand il retrouve l'usage de ses mains, il s'emploie à découvrir la chevelure brune et ondulée. Il doit « matérialiser » les sensations qu'il éprouve, une hallucination est si vite arrivée... Il continue ses recherches par le dos, défait un lacet étrangement accessible et dévoile sa peau, plus fine que du papier OCB. La femme qui n'est plus qu'une méduse-dispensatrice-de-plaisir-sans-nom, libère son sexe emprisonné dans son boxer devenu trop étroit. Quand il sent la chaleur de ses lèvres, il grimpe instinctivement quelques marches, elle le rejoint. Elle brûle ses dernières défenses et lui donne, définitivement, le goût de la pomme..

....Envie de lire la suite?...

 

 

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