Essuyez les plâtres! (critiques incluses) (entracte)

 

 

 

La critique est acerbe. Elle détruit, construit et renouvelle. Que vaut l'artiste sans le regard du public. Les émotions paraissent, transpirent et parfois les rejets sont viscéraux. Vomir sur une œuvre c'est nier l'homme qui se cache derrière.

 

 

 

 

 Je voulais être peintre en bâtiment. Ils n'ont pas voulu me confier de mur. J'ai pris ça comme un affront. Alors je me suis mise à écrire. Les mots, personne ne peut les retirer du papier. On peut déchirer la feuille mais pas les mots. Créer n'est pas une illusion négative, la création permet la vision d'un autre , d'un ailleurs. Que serait l'homme sans création ? Une pierre, un minéral, rien. La respiration traverse à l'unisson le stylo et le pinceau. La marge est réduite. TROP BIZARRE ! Une étiquette est posée.

 

 

 

Moi j'y oppose des mots et des couleurs. La matière, le toucher sont parties intégrantes de l’œil. Si les sens devaient être séparés, on le saurait. Je rajoute, j'assemble, je collectionne. Le tout est de trouver l'harmonie qui ferait dire d'un TROP CHARGE, un INTUITIF. Je ne cherche pas les mots des autres, juste leurs émotions. N'écrivez pas sur moi, écrivez sur vous. C'est beaucoup plus intéressant. Moi je me charge d'écrire sur moi.

 

 

Je voulais être maçon. J'avais le matériel mais pas les plans. J'ai utilisé la colle comme un ciment. J'ai construit mon mur. Ma maison. ON DIRAIT UN ETABLI. Chaque maison est unique, comme chaque homme. Je ne peux pas peindre votre maison. Vous le comprenez. Alors qu'attendez-vous de moi ? Je vous donne tout ce que je suis. Je ne peux faire mieux. Quand vous aurez consumé ma peau, mon foie et tout ce qui fait mes humeurs, je n'aurai plus rien à donner. Alors vous parlez de SIMPLICITE, de vide, de rien. A qui la faute ? On ne cannibalise par l'artiste même si on se nourrit de lui. J'accepte la perfusion. C'est ce qui me fait vivre. Mais je refuse d'être griller d'un volte face de votre humeur. Quelques herbes de Provence à la cuisson n'y feront rien. Votre accent non plus. Je vous donne des saveurs à méditer pas de la barbaque à engloutir. Prenez le temps de la dégustation. La digestion en sera plus efficace. Je suis qui je suis. Et vous ?

 

 

 

 

 Cousu de fil blanc, les stéréotypes s'affichent. Critique, sarcasme, échange. Si vous êtes des mots, PARLEZ ! Laissez les couteaux au vestiaire, mettez-vous à nu. Prenez l'honnêteté en bandoulière et rentrez. Je vous promets un costume trois pièces à la sortie. Peut-être que la couleur du tissu ne vous conviendra pas mais vous serez libre dans vos habits. Du sur-mesure. Un KIT A DECOUPER. Je ne vous veux qu'entier. Je ne vous veut que du bien. Croyez-moi. Et vous ? Que vous voulez-vous ? Lâchez la bride. Soyez heureux. Effacez vos préjugés. Relisez les notes de bas de page. C'est souvent l'essentiel et on passe à côté. .. Déjà qu'il faut lire ce qui est écrit sur la page, si en plus on doit lire les notes de bas de page ! Trop petites, illisibles, pleines d'abréviation...TROP COMPLIQUE ! Et si la solution était là ? Je ne crois pas en Dieu, comme vous l'appelez. Pour moi, Dieu c'est le regard d'un homme posé sur un autre homme. Avec son libre arbitre et ses faiblesses. Que faites-vous en critiquant mes tableaux ? Vous vous prenez pour Dieu ? Bingo, le mal est fait. Vive Dieu et le Diable ! Vive l'homme !

 

 

 

 

OU COMMENCE LA PEINTURE ? Elle commence dans les cimaises qui la soutiennent. Et dans votre regard aussi. Elle commence dans l'enfance. Dans les mots des parents. Dans les maux de l'enfant. Dans le silence le cri ne s'entend plus. Alors l'enfant cherche une communication silencieuse. Celle qui ne heurte pas les oreilles en essayant d'heurter le cœur. On dit souvent que l'artiste a un message à passer : mais oui ! Et le message est : J'EXISTE ! Vous souriez de mes mots ? Tant mieux ! Nous communiquons. Avec décalage. Ce décalage est nécessaire pour se protéger de l'autre. La peinture n'est-elle pas une mise à nu ? Aussi. Alors sous le gilet par-balle, je compte sur la distance pour survivre. La peintures est-elle un suicide par destination ? Aussi. Un suicide pour mieux renaître de ses cendres. Allumez-vous la mèche ? Mes blessures ne se cicatriseront jamais. La peinture c'est le pansement que je change chaque jour pour ne pas succomber à la septicémie. J'ai besoin qu'on me montre le pus et qu'on me passe la pommade. Le paradoxe de la création. Je laisse couler la peinture. La critique laisse couler le sang. Cela purge l'organisme.

 

 

 

 

Et puis Merde ! Tuez-moi ! C'est ce que vous savez faire de mieux. Appliquez-vous. Je compte sur vous. La critique est un art. Critiquer la critique le devient. Difficile et courageux de dire à la critique : tu n'aimes pas ce que je fais mais je m'en fout .C'est difficile parce que c'est faux. C'est courageux parce que tendre la joue en attendant la gifle, c'est courageux et masochiste. Le jour où la gifle se transforme en caresse, on respire. On respire profondément, on respire trop. Bien vite c'est l'étourdissement. Et quelquefois on se brûle les ailes. Le miroir renvoie les paillettes et disparaît la peau. On perd ses repères, on tombe. On oublie son nom. Plus d'amour, encore plus d'amour pour exister. On se trompe. Mais personne ne nous le dit. Même pas la critique. Alors gardez-vous de me caresser, je veux vivre consciente.

 

Et s'il faut que j'essuie vos critiques, tant mieux, J'ESSUYERAI LES PLATRES !