Au bout d'Alison (opéra avec entracte)

 

 

« Je remercie Roland, compagnon d'errance, mais aussi André, Charles, Marguerite, Walter et Arthur les amis de l'enfance, à qui j'emprunte quelques brèves de comptoir et sans qui, rien n'aurait été possible.

Je remercie particulièrement Roland pour sa neutralité qui a su attendrir mes nerfs. »

 

 

AIE! se dit Alison en marchant sur un bout de bois.

Le bout de bois en basculant projette un bout de verre.

Le bout de verre atterrit dans l'œil d'Alison.

AIE! Se dit Alison assise sur un bout de banc.

Le banc bascule et Alison avec.

AIE! Se dit Alison la journée débute bien .

 

 

 

 

 

 

C'est l'histoire d'Alison.

Il faut bien commencer

par un bout, de l'histoire.

C'est un choix, un choix arbitraire,

subjectif, comme la vie.

Comme la vie d'Alison.

 

Alison décide de faire un bout de chemin.

 

 

 

 

 

La rue à trottoirs

(deux hommes, Alison)

 

 

Un homme est assis là. Sur le bord du trottoir. D'habitude quand on est assis sur un bord de trottoir, on regarde ses pieds ou le caniveau. C'est une tendance naturelle. La tête doit sûrement être trop lourde. Pour le repos c'est la meilleure position. Mais cet homme ne regarde pas le caniveau. Il regarde le ciel. Alison est intriguée. Elle décide de s'asseoir à côté de lui pour avoir le même angle de vue.

 

Au bout de quelques secondes, il détourne ses yeux sur Alison. Le regard grave, la voix à l'unisson, il entame la conversation:

 

  • Les faits sont têtus, dit-il

  • Les faits?

    Alison pense avoir loupé le début de la conversation

 

  • Le ciel est bleu. C'est un fait. Les faits sont têtus, reprend-il

  • Têtus et ..versatiles..Dans cinq minutes, le ciel sera gris.. répond Alison qui a aussi son opinion.

    Elle diffère, apparemment.

  • J'ai horreur des gens qui affirment et qui dans la même conversation sont capables de changer d'opinion, de dire le contraire et vice-versa. Le ciel est une personne que je hais.

  • Les faits sont versatiles, les gens aussi, conclut Alison en toute évidence

  • Le fait est temporel, une vérité un instant, une contre-vérité, l'instant d'après. Le fait ne change pas d'avis, il n'est vérité que dans un espace-temps déterminé. Le ciel est bleu mais aussi gris ou nuageux.

  • Je dirai que les faits sont météorologiques!

    Alison est satisfaite de sa remarque.

     

  • Ou temporels! Insiste l'homme assis sur le bord du trottoir

  • Sans lieu, sans espace, le fait est intenable socialement, conclut Alison perplexe.

 

L'homme détourne son regard vers le ciel.

Deux minutes passent. Alison s'ennuie, elle se lève. Elle fait quelques pas dans une direction.

Mais l'homme reprend la conversation:

 

  • Et vous ? L'homme plonge son regard dans le cœur d'Alison

  • Moi ? Je m'appelle Alison, enchantée ! Alison tend sa main à l'étranger qui lui rend, je me regardais dans la glace depuis longtemps. Un grand moment d'observation et puis je me suis dit qu'à force de me regarder, j'allais me tuer. Alors j'ai décidé de prendre le stylo et de vivre dans les livres que je n'avais pas écrits. C'est intéressant. 

     

L'homme sourit et reprend le cours de sa vie, dans le ciel.

 

 

 

Sur le trottoir d'en face, un autre homme, assis, le regard dans le caniveau, dans une position normale. Alison se retrouve en terrain connu. Elle accoude la coudée, pour se donner une entière liberté d'agir, bien calée sur son coude. Va-t-elle parler à cet homme ? Lui dire ce qu'elle cherche, ce qu'elle croit ? Inévitable, le jugement de cet homme ! Inévitable, le refus d'Alison !

 

Et comme il semblerait que cette route et ses deux trottoirs soient en hiver.... Alison poursuit.




le TGV

( un homme, un chien, une jeune fille, Alison)

 

 

Le lendemain Alison croise un bout-en-train.

 

TGV N° 7773226

Voiture 18

Compartiment 4

Siège 54

Heure de départ : 8H43

Heure d'arrivée : 16H78.

 

 

 

AIE! Se dit-elle, va falloir vivre ça!

Mais c'est une autre histoire....Alors je ne vous la raconte pas.

 

 

 

Alison s'endort. Elle rêve.

Elle n'aime pas les récits de rêves. Le récit est intime, révélateur, absurde, illogique, traumatisant, inconscient, rempli de non-sens, incohérent, brute, nul, inexplicable, incompris, barbare et incomplet sans le mode d'emploi. Le train arrive en gare. Alison peut oublier son rêve.

 

 

Sur le quai, elle croise un chien. Enfin une touffe de poil et 4 pattes.

Mais par quel bout le prendre? Il faut que je choisisse. Parfois on n'a pas le choix, faut faire des choix. Elle décide que ce n'est pas un chien mais une balle. Tous les choix sont des choix. Elle donne un grand coup de pied dedans. La balle rebondit mal. Ce monde n'est pas parfait...

 

 

A la sortie de la gare, Alison est interpellée par une jeune fille qui tient sur un de ses bras un dossier et dans une main un stylo.

 

  • Puis-je vous poser quelques questions pour un sondage ? Cela ne dure que quelques minutes ? Alison surprise, ne répond pas. Son interlocutrice enchaîne ( premier cours d'action commerciale : ne pas laisser le client réfléchir, c'est mauvais pour le business)

  • Quelle est votre position dans ce problème?

     

J'ai bien connu Alison autrefois et je sais par expérience, qu'elle n'aime pas qu'on lui demande son avis. Elle s'énerve vite. De toute façon elle ne répondra pas à la question.

 

- La demande de position!.. le monde actuel en est plein! Il faut avoir un avis sur tout, contre tout! Je suis comme André, effrayé par vos questions qui m'enlèvent toute possibilité d'hésiter!

- Qui est André?

  • Le copain de Nathanaël,

    Évidence pour Alison. L'interlocutrice se démonte.

  • Et votre question, c'était quoi ?

  • Euhh.. Est-ce , est-ce que c'est la girouette qui tourne ou est-ce, est-ce le vent?

  • AIE! C'est l'affront du front, Mademoiselle ! l'injure qui tient tête ! Et bien sachez que je suis neutre. Un postulat au droit à me taire !

    Et Alison plante sur le parvis, la jeune fille hébétée, la question idiote et le sort de l'humanité.

 

 

 

A propos d'Alison

 

 

 

 

Je vous ai parlé d'Alison ? Désolée...

Je répare.

Tout à commencer un soir, au milieu de la nuit.

Alison est une jeune fille qui aime les chamalows, le rouge et le requiem de Mozart.

Elle se cherche un peu, se trouve souvent, dans des situations délicates. Elle s'en sort toujours sans réfléchir.

S'« amère mère » comme elle appelle la saveur aigre qui l'a mise au monde, s'arrache le peu de cheveux qui lui reste à chaque fois qu'elle pense à elle. Il y a bien longtemps qu'elle n'a plus de cheveux, mais elle affiche une perruque et un large sourire pour faire autant qu'elle peut illusion.

Alison ne sait pas encore qu'elle se cherche, elle croit vivre des expériences, grandir, se forger un bel habit d'adulte.

Avancez dans la vie c'est plus du « chouette, cochez ! » que du sérieux. L'essentiel c'est de faire du bruit et d'être reçu à l'oral.

Mais Alison est fragile à tout casser. Elle essaie de survivre, en léger différé.

 

Il devait être minuit 20. Alison devait sûrement rentrer chez elle. Dans sa rue il y a des réverbères. Sous l'un d'eux elle aperçoit un homme qui scrute le sol. Elle s'approche.

 

  • Que cherchez-vous ?

L’homme répond qu'il cherche sa clef. Alison très pragmatique lui pose une autre question

  • C'est ici que vous l'avez perdu?

  • Non lui répond l'homme, là-bas ! en désignant un espace de la rue dans l'ombre. Décidément les adultes sont bizarres.

 

  • Alors je ne comprends pas pourquoi vous cherchez ici ! Lui interjette Alison agacée.

  • Parce qu'il y a de la lumière ! 

     

    Comme une évidence, comme une opinion publique, comme si c'était élémentaire mon cher Watson, comme un homme qui crie, comme une vie toute neuve avec un ange gardien au-dessus !

 

 

 

Alison comprend alors qu'il est commode de trouver de fausses clefs pour entrer dans les poèmes mystérieux.

Alison comprend aussi qu'il est simple de céder à la facilité comme elle le fait chaque jour, mais l'essentiel demeure obscur, nos lumières sont faibles et il faut du temps pour progresser, à condition de ne pas rester au pied du réverbère.

Alison décide qu'elle doit se mettre sur écoute, regarder le monde en face et faire de sa vie l'affaire de tous.

 

Alison reprend la route. En bus. Il faut savoir accélérer sa vie de temps en temps.

 

 

 

Sans parole

(Une femme, Alison)

 

 

 

 

Sur le bord de la route une jeune femme ajoute l'extériorité à son intériorité. Elle parle avec son corps.

 

 

 

Cela ouvre davantage, dit-elle à Alison. Les mots abusent de leurs pouvoirs, je crois. On est encore là, un peu flou.

 

Alison observe les gestes de l'extériorité puis ramasse un cahier posé sur le bord du trottoir. Elle lit à haute voix:

 

« Titre: Le journal intime de la Joconde

Rien n'est tabou, rien n'est nécessaire. Je suis dehors, hors de ma peau. Je m'attaque à l'invisible.

J'engage un voyage, une épopée du silence. Voyager c'est regarder le soleil, toujours.

Tu sais.

Tu sais pourquoi.

La vie dans le genre humain a entièrement disparu. Les impulsions cachées de l'homme: laisser en garde! Il faut transformer en arme tout ce qui nous tombe sous la main.

Tu sais.

Tu sais pourquoi.

Si on perd le toucher, on ne peut plus vivre. Alors on a peur de revenir, peur de devenir. Quelquefois le faux-nez rouge réchauffe nos pieds et le rire maquille le cœur.

Tu sais.

Tu sais pourquoi. »

 

 

 

Alison repose le journal par terre, observant l'intériorité, son intériorité.

 

 

Une histoire d'amour

(un bout de ficelle, un homme, Alison)

 

 

Nous retrouvons Alison sur sa route.

 

En continuant son chemin, elle trouve un bout de ficelle. D'ailleurs c'est faux de dire un bout de ficelle, étant donné qu'un bout de ficelle est un morceau de ficelle avec deux bouts! Imaginons que vous vous exclamiez: « voici deux bouts de ficelle! » le premier venu vous demandera où est le deuxième bout, vu que vous n'avez qu'un bout en main. Et comme l'histoire deviendra compliquée, et que même si vous avez raison, il est parfois plus sage de mentir, vous direz: «  voici un bout de ficelle! » Et tout le monde sera content.

 

AIE! Se dit Alison, s'il faut encore choisir , je préfère me lever et partir.

 

C'est ce qu'elle fait. La campagne est fragile, elle a la force de l'âge. Alison se sent seule, vivant son mécompte de faits:

 

« Ne te retourne pas ! Ne cherche pas l'envers de la pomme ! Tu ne peux revenir sans avoir réussi, tu rêves qu'on s'arrête sur ton passage et qu'on dises « c'est L ! » alors avance ton alphabet ! Le monde sera toujours à vif mais l'aura des pâquerettes adoucira la promesse d'un monde meilleur. Le retour n'est plus possible! »

 

Alison s’engueule parfois.

 

 

 

 

 

Alison croise un homme, ils font un bout de chemin ensemble.

Mais comme c'est au milieu de son histoire, elle décide de couper hier, pour commencer un bout d'histoire avec lui, aujourd'hui.

On n'est pas au bout du départ, ni au bout du chemin. On a le choix de décider de commencer là..

 

Son ami parle peu mais quand il parle c'est pour dire quelque chose :

 

Quand j'ai mis la main dans l'entonnoir

J'ai rien vu, rien compris, tout était noir,

Rien pour me rattraper, une vraie patinoire,

Rien que des oubliettes humides de manoir

Quand j'ai mis la main dans l'entonnoir

C'était sûrement sans le vouloir...

 

 

 

Alison lui demande pourquoi parlait-il en vers.

 

-Le langage poétique a précédé celui de la prose

C'est naturel, ose !

 

 

Alison apprit la richesse intérieure,

domestiquant ses peurs,

jouant à la belle au bois flottant,

cultivant en plein chant,

l'air des lieux tendrement contagieux.

la bouche aveugle sonorisant les vices serrés

Et dans un souffle torturé, l'éviscéré

entretient la flamme d'à côté,

Ouvert à l'infini

sonorisant même la pluie.

La transparence se fige à jamais,

les yeux posés sur le mois de mai,

les vies partagées

la voix retrouvée,

Une traversée de l'histoire

Qui rappelle le miroir.

Mais d’où sort-il ?

Par ici la sortie

Bref « je te quitte ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

au bout du compte, au bout du conte...AIE!

 

 

 

 

 

 

Bien sûr Alison s'est perdue! Qui ne se perd pas tôt ou tard? Elle n'a pas pris le bon bout de sa vie, elle a prit l'autre.

Aie !

Elle a confondu les lumières. Elle s'est brûlée les ailes. De toute façon, ça tombe bien, elle n'en a pas!

 

 

Au café, devant un café

( un café, un voisin, Alison)

 

La nuit est tombée. Noire. Alison avance à l'aveuglette. Il lui faut plusieurs heures pour voir le bout du tunnel. Mais le jour finit toujours par arriver. Elle s’attable au café du village .

D'un geste fragile, elle déplace la cuillère sans heurt. La tasse de café devient un paysage qui promet. Elle édulcore son mouvement en dessinant à la surface du liquide d'autres histoires venues du temps présent.

Le soleil de l'automne procure aux sens un plaisir délicat. Un livre traîne sur la table. Il est des livres comme des madeleines, une mémoire tatouée. Le voisin prend le livre et lit un passage à haute voix.

 

« Je suis au bord de la date fatale.

Elles est NULLE.

Pourtant la date est inscrite sur du papier blond.

Elles a été inscrite par une tête blonde d'homme.

Une tête d'enfant.

Une tête d'enfant.

Moi, je crois cela : je crois par-dessus moi ce qui a été écrit parallèlement à cette tête d'enfant.

C'est le RESTE de l'écrit. C'est le sens de l'écrit.

C'est aussi la senteur d'un amour qui passait par là, par l'enfant.

Un amour sans direction qui avait senti la chair d'un enfant qui se mourrait de lire l'inconnu du désir.

Le tout s'évanouira quand s'effacera le texte de la lecture. »

 

  • C'est beau dit Alison.

  • C'est Marguerite, répond le voisin

  • l'ouïe est un sens développé pour les souvenirs, l'émotion collée aux mots permet d'entendre dit le voisin.

  • ...Peut-être..Tout commence par un « peut-être »..quelque fois par un « comme si », répond Alison rêveuse.

  • Dans la vie quotidienne, l'expression « comme si » est une fonction grammaticale, au théâtre « comme si » est une expérience. Réplique-t-il.

 

Le voisin est intriguant. Alison est intriguée.

 

  • Quelqu'un traverse un espace vide. Pendant que quelqu'un d'autre l'observe et c'est suffisant pour que la scène soit amorcé, continue-t-il, il faut alors libérer le geste, donner congés aux adjectifs. L'adjectif ça enferme toujours, c'est même la définition de l'adjectif. Dire de quelqu'un qu'il est beau c'est l'enfermer dans sa beauté. Je n'aime pas l'enfermement.

     

 

Le voisin froisse un bout de papier qu'il vient de sortir de sa poche et le jette sur la table. Alison, le saisit, le défroisse.

 

« Le sol est si noir de crasse qu'une serpillière ne peut l'effacer.

On colle des journaux sur le mur pour que la peinture en plaque ne nous tombe pas sur la tête.

6m², 60 watt, on ne peut pas lire.

Rien n'est dit, les interdits, on met le doigt dessus.

On cultive la haine que l'on réinjecte plus tard dans la société.

Ça sert à rien, on n'est que des figurants.

Peut-on définir la prison?

Non, on la vomit.

Les minutes sont des heures.

L'intimité et la propriété ne vous appartiennent.

Le temps détruit, la durée assassine.

La sexualité n'est ni permise ni interdite.

Les chambres particulières seraient la cerise sur le gâteau, il faudrait d'abord le gâteau.

On est encore plus seul au milieu de rien. »

 

Le voisin souffre.

 

Alison se sent obligée de dire quelque chose. Elle ne sait pas pourquoi, cela se fait quand quelqu'un ouvre son cœur.

 

  • Roland, mon compagnon d'infortune disait: « Il faut de la magie pour écrire », on a besoin de mythe. La mer et le désert, on ne fait que les traverser. On cherche tous sa pierre philosophale. C'est une quête impossible comme celle de rendre à l'eau sa jeunesse.

     

Alison est satisfaite. Que peut-elle apporter d'autre?

Alison s'en va.

 



Les Autres

( autres, le bout-en-train, Alison)

 

 

 

En route.

 

Alison croise un bouc, un boucanier, un boucan, un boucau, un boucaut, un boucaud, un boucot, un bouchain, une boucharde, Bouchardon, un boat-people, un boucher, Boucher de Perthes, un bouche-trou, Boucicaut, Bouchara, une boule, Bouddha, un boudin, un bouffon, dans une autre histoire, Bougainville, une bougie et l'éteint, un bouge, un boulet, une bouteille, un boulier et compte, un bougnat, un bougre et une bougresse, Boulez, Boumédiène, un bourgeois, une bourrasque, un bourreau, une bourrique, un bovin, un boxeur, Bouteflika, un bouledogue, une bohémienne. Un bout de chacun, un bout de tout, un bout de rien.

Mais il ne se passe rien.

 

 

 

 

Alison croise à nouveau le bout-en-train.

- Bouh!

Il a envisagé de lui faire peur, le bout-en-train, du train.

Mais Alison en connaît un bout sur la question. Son effet tombe à l'eau...Plouf!

 



Le muet bavard

(un homme, un arbre, une pancarte, Alison)

 

 

 

Un homme debout regarde un arbre de la ville, lui aussi debout. Il tient devant lui une pancarte qu'il présente à l'arbre: « Je suis silencieux ». Alison passe devant lui, s'arrête puis repasse. L'homme ne la voit pas. Elle fait de son corps un spectacle de cirque. L'homme ne bouge pas.

 

 

 

  • Vous ne parlez jamais? Demande Alison excédée

  • Rarement..Consciemment, répond l'homme calmement

  • Et inconsciemment? Alison qui n'est pas sûre de sa question

  • Les bavards sont des casse-pieds! Vous avez trouver un homme qui sait se taire. 

     

Alison est déconcertée. Elle s'accorde quelques secondes de réflexion à son sujet.

L'homme sans prévenir reprend:

 

  • Bien sûr, il y a ce qui parle en nous, il y a le problème du silence interne. Le corps parle sans autorisation, il transperce la parole, affiche nos tourments. Le silence interne n'existe pas.

    L'homme serait un bruit ...de la nature?

 

 

 

 

Un long silence.

 

 

 

 

 

L'homme disait vrai: il ne parlait jamais consciemment.

 

  • L'inconscient est-ce vraiment ce qu'il y a derrière le conscient? L'homme s'inquiète

  • Je ne sais pas, je ne connais pas bien l'endroit, Alison est impuissante

  • Il y a des endroits comme ça où le ciel est en travaux, semble se rassurer l'homme muet

  • Je connais une route avec deux hommes, un peu plus loin, se souvient Alison

  • Et alors ? L'inquiétude revient

  • Rien la route est en travaux, aussi.

 

Le muet se tait.

Quand le silence est plus pesant que les pensées non échangées, Alison lâche prise.

 

 

 

L'homme en noir

(un homme en noir, un corbillard, Alison)

 

 

 

Un homme en habit noir de circonstance se tient droit, les mains, l'une dans l'autre devant la braguette de son pantalon. Il attend. Il attend le corbillard qui arrive lentement. Alison se place à côté de lui et attend aussi.

 

 

 

 

  • C'est la folie Godot.

  • Godot?

  • Oui, je t'attendais. Je m'occupe à cueillir des simples. Je suis fossoyeur.

     

Alison et l'homme en noir regardent passer le corbillard.

 

  • Il ne lui restait qu'un bout de chandelle. Puis elle est morte, la chandelle. Il l'a brûlée par les deux bouts.

  • Il était au bout du rouleau, il a décidé de mettre les bouts

  • Mais comme il a montré le bout de son oreille, la foule a eu raison de lui, elle est venue à bout d'une vie.

  • Il n'a pas été plus loin que le bout de son nez

  • Les mots creusent une tombe plus profonde, plus froide.

  • Quelques sanglots écartent encore le silence.

  • Le prêtre débite son sermon. Personne n'écoute, pas même lui. Les voix s'éclaircissent et reprennent leurs place.

  • Ils ont succombé aux rites du pays

  • AIE! vous me donnez le cafard, dit Alison

  • Du bout des lèvres, discutons le bout de gras, bout à bout, et vous trouverez

  • Est-ce que je tiens le bon bout?

  • Toi seule le sait.

 

 

Alison agît

 

 

C'est le bout de la route. Plus loin le précipice.

 

 

 

Aie! Se dit-elle, la journée finit là.

Au bord du farfelu, Alison dresse la table des matières des excuses reçues:

 

1) accéder à céder: parvenir à abandonner

2) absurdité de la surdité: le manque de logique de la perte de l'ouïe

3) admission d'une mission: admettre le pouvoir donné

4) l'alarme de la larme: signal de présence dans l'œil

5) Ça pue le temps

6) Si seulement j'étais ambitieuse,

7) Si seulement je voulais décrocher la lune!

 

Alison se sent concernée par ses propres propos:

 

- Et que vas-tu en faire? Questionne-t-elle

- Rien, répond-elle

- Comme d'habitude, bougonne-t-elle

- Peut-être mais, là, j'ai appris des choses. Je sais.

- Et que sais-tu?

- Je sais:

  1. Que je joue ou pas avec mes poupées, petites poupées en verre fragile, je n'aime pas les prêter.

  2. Que les autres ne pourront jamais me faire autant de mal que je ne pourrai m'en faire,

  3. Que je me rends compte qu'il y a toujours de l'air qui circule.

 

 

Alors, je vais rentrer chez moi. »

 

 

 

Voici de bout en bout l'histoire d'Alison, une lointaine cousine d'Alice mais dans un monde beaucoup moins merveilleux.